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Bénévolat en temps de crise : (re)configurations des engagements (session 1 of 2)

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June 30, 2021 10:45
to
June 30, 2021 12:15
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Organizers

Maëlle Meigniez; Dominique Malatesta; Carola Togni

Haute école de travail social et de la santé Lausanne (HES-SO)

Speakers

Pauline Mesnard¹; Farinaz Fassa¹; Marion Repetti²; Kelly Harrison¹; Nathalie Müller Mirza³; Vittoria Cesari Lusso; Antonio Iannaccone,

¹Université de Lausanne; ²Haute École de Travail Social du Valais, HES-SO; ³Université de Genève; ⁴Université de Neuchâtel

Yann Cerf, Anne-Laure Counilh, Laurence Ossipow

Haute école de travail social de Genève (HETS/HES-SO)

Regula Ludi, Universität Fribourg/Universität Zürich; Sarah Probst, Universität Bern; Matthias Ruoss, Universität Zürich

Agnès Aubry, CRAPUL (UNIL)

La crise sanitaire actuelle a été la scène d’apparition de nombreux appels à l’entraide et à la solidarité, pour faire face au creusement des inégalités, à la précarisation des conditions de vie des plus vulnérables ou encore à l’isolement des personnes âgées confinées. Distributions alimentaires, réseaux d’entraide de voisinage, groupes d’échange virtuels, visites à domicile, etc.; autant d’actions collectives et d’initiatives citoyennes qui ont pris en charge une certaine organisation de l’aide. Dans ce contexte incertain, l’engagement bénévole revient en effet sur le devant de la scène pour se présenter comme un vecteur essentiel de solidarité et de lien social.

A partir de ce constat, nous souhaitons dans cette session interroger les configurations et reconfigurations des engagements bénévoles lors des moments de crise, comme celui que nous vivons actuellement avec la pandémie de Covid19. Intégrant également une dimension socio-historique, il s’agira de mettre en perspective la place actuelle que peut prendre le bénévolat, en regard d’autres périodes historiques marquées par l’incertitude et les transformations des relations sociales.

Le bénévolat de care, qui fonde ses engagements sur l’attention portée à autrui, prend plus que jamais une signification sociale qu’il s’agit de questionner sous l’angle des enjeux qu’il met en lumière – autant du côté des populations aidées que des bénévoles. L’éthique du care (Laugier 2009) permet en effet de comprendre le sens et la part bénévole du prendre soin, tout particulièrement dans les moments de crise à large échelle qui creusent les inégalités et renforcent les situations de précarité et de dépendance. L’engagement bénévole de care pose ainsi la question de la justice sociale, à la fois en termes de reconnaissance et de redistribution (Fraser 2004). La reconnaissance des personnes – principalement des femmes – qui œuvrent pour ce prendre soin de manière non-rémunérée, mais également la reconnaissance du caractère indispensable des tâches accomplies ainsi que de la redistribution de ce travail au sein de la société (notamment entre les sexes, entre les classes sociales, entre les personnes rémunérées ou non, entre professionnel·les et profanes, etc.). Se pose ainsi la question de la recomposition des formes et de l’organisation de l’aide dans des espaces professionnels ou non, institutionnalisés ou non.

A la croisée d’une analyse de l’engagement et d’une perspective de care, cette session vise à mettre en discussion des contributions permettant de comprendre : comment les moments de crise transforment les engagements bénévoles ? A quelles conditions et dans quelle mesure le bénévolat peut se présenter comme un espace d’exercice de la citoyenneté favorisant des formes de reconnaissance et de redistribution ?

Mots-clés : bénévolat, engagement, care, crise.

Le bénévolat des seniors à l’épreuve de la crise sanitaire : tensions morales et réaménagements contraints

Pauline Mesnard¹; Farinaz Fassa¹; Marion Repetti²; Kelly Harrison¹; Nathalie Müller Mirza³; Vittoria Cesari Lusso; Antonio Iannaccone, 
¹Université de Lausanne; ²Haute École de Travail Social du Valais, HES-SO; ³Université de Genève; ⁴Université de Neuchâtel

A l’image de nombreux pays en Europe et dans le monde, les mesures de lutte contre la pandémie de covid-19 en Suisse ont particulièrement ciblé les personnes âgées de 65 ans et plus. Ces dernières ont été fortement incitées à rester à domicile et à limiter autant que possible leurs contacts sociaux en vertu d’un impératif de protection. Cette incitation, voire cette injonction, a eu des conséquences directes sur les personnes elles-mêmes, perçues avant tout sous l’angle de la vulnérabilité et de l’appartenance à une catégorie homogène. Mais aussi, elle a eu pour conséquence de contrarier la tâche de nombre d’associations œuvrant dans les domaines sociaux et éducatifs. De fait, les seniors étant engagés dans une large proportion en tant que bénévoles, leur retrait généralisé de la vie publique a largement affecté le fonctionnement des associations. Ce retrait a ainsi mis en évidence les apports considérables que ce groupe de population offre à l’ensemble social « en temps normal » et qui restent bien souvent invisibilisés. Partant de la question de savoir comment les seniors ont vécu la limitation voire l’arrêt total -et brutal -de leurs engagements bénévoles, notre contribution entend questionner, du point de vue des seniors, les conséquences morales de cette injonction sanitaire au retrait de la vie associative. Elle s’appuie sur une enquête réalisée en pleine crise sanitaire en Suisse romande auprès des personnes de 65 ans et plus engagées bénévolement au sein de diverses associations. Les données mobilisées sont issues d’une dizaine de focus groups ayant réuni une cinquantaine de bénévoles seniors ainsi que d’une vingtaine d’entretiens individuels.

Elles montrent que différents types de réaménagements ont été opérés par les seniors pour assurer une forme de continuité de leurs activités bénévoles. Ces réaménagements témoignent plus fondamentalement de l’importance morale que revêt l’engagement associatif au temps de la retraite. En effet, les propos des bénévoles seniors, ancrés dans la situation de crise sanitaire, expriment ce que leur engagement associatif leur procure en termes de reconnaissance et de protection, en constituant une source importante de définition identitaire et de supports face aux aléas de la vie (Paugam, 2018). En somme, l’engagement associatif constitue bien un vecteur central de lien social. La covid-19 agit ainsi comme un révélateur inédit des contributions des seniors à la société en même temps qu’elle jette la lumière sur les enjeux moraux de ces engagements bénévoles.

Paugam, S. (2018). Le lien social. Paris cedex 14, France: Presses Universitaires de France.

Keywords:  Bénévolat, retraite, crise sanitaire, lien social 

Une grève de bénévoles ? Transformations et usages stratégiques du bénévolat dans des structures d’aides alimentaires « à bas seuil » à Genève

Yann Cerf, Anne-Laure Counilh, Laurence Ossipow
Haute école de travail social de Genève (HETS/HES-SO)

Dans le cadre de la recherche « Indigence en Pays d’Opulence : une approche anthropologique de l’aide alimentaire en Suisse » (L.Ossipow, A-l. Counilh. Y. Cerf), financée par le Fond national suisse et à partir de données provenant d’une enquête multisites et multisituée dans plusieurs lieux d’accueils dits « à bas seuil » dans la ville de Genève, je propose de décrire plusieurs types de travail désigné comme bénévoles. Par les paradoxes que ces derniers soulèvent, on pourrait voir en eux des cas limite. Les qualités et les limites de la catégorie « bénévolats » font l’objet d’une constante redéfinition dans les interactions quotidiennes de ces associations.

Je reviendrai sur deux catégories de bénévoles rencontrées sur le terrain. La première, plus évidente car elle est une extension des activités de prendre soin – de care, des associations, est celle des « bénéficiaires bénévoles ». Dans une optique de « réinsertion » et de contre-don certain.e.s bénéficiaires de l’aide alimentaire peuvent « aider » à la préparation des repas ou à leurs distributions. Ce qui n’est pas sans poser de nombreux problèmes éthiques ainsi que logistiques. La seconde catégorie est celle des « contrats bénévoles », en place dans un restaurant social genevois. Forme institutionnalisée de la première, cette catégorie interroge le bénévolat comme identité ou engagement en devenant une occupation ou un statut, ainsi qu’une ressource financière. Entre autres, cela contribue à l’invibilisation d’un travail financé indirectement par l’Etat

D’une même manière, deux exemples opposés permettent de rendre compte des jeux stratégiques et des formes d’assignations dont la catégorie « bénévole » fait l’objet dans ces contextes. « L’intérêt au désintéressement » (Bourdieu, 1994) qui sous-tend le travail bénévole permet ces réappropriations. Pour passer inaperçu dans un emploi de réinsertion un cuisinier se fait passer pour bénévole et à l’inverse un transporteur au chômage à cause de la pandémie, officieusement bénévole mais officiellement en emploi de réinsertion dans un centre de distribution d’aide alimentaire, fait voler en éclat cette illusion en refusant d’être productif, « je fais la grève ! » dit-il amusé. 

Bourdieu, P. (1994). Raisons Pratiques. Sur la Théorie de L’Action. Seuil, Paris.

Keywords:  Bénévolats, compassion, aide alimentaire, care 

Krise der Freiwilligkeit. Geschlechterhistorische Perspektiven auf unentgeltliches Engagement

Regula Ludi, Universität Fribourg/Universität Zürich; Sarah Probst, Universität Bern; Matthias Ruoss, Universität Zürich

Ausgangspunkt unserer Überlegungen bildet die strukturelle Verzahnung der Organisation von Freiwilligkeit mit Geschlechterarrangements in Europa und insbesondere der Schweiz seit den 1970er-Jahren. Unser Forschungsinteresse gilt einer Epoche, die im Zeichen des neoliberalen Umbaus von Wirtschaft, Staat und Gesellschaft steht. Seit den 1970ern haben die Prinzipien des Wettbewerbs und des individuellen Erfolgs immer weitere Lebensbereiche erfasst und durchdrungen. Gleichzeitig transformierten die Zunahme der Frauenerwerbsarbeit, die neue Frauenbewegung und die Errungenschaften der rechtlichen Gleichstellung die Geschlechterordnung nachhaltig. 

Wir gehen von der Annahme aus, dass die Problematisierung der gesellschaftlichen Arbeitsteilung und der von Frauen unentgeltlich erbrachten Leistungen durch die neue Frauenbewegung zentral ist für das Verständnis des skizzierten historischen Wandels. Diese Kritik, so unsere forschungsleitenden Überlegungen, resultierte in einer kulturellen und politischen Neucodierung der Freiwilligkeit. Thematisch und methodisch will unsere Forschung neue Pfade beschreiten, weil sie die Freiwilligkeit heuristisch von ihren Rändern her in den Blick fasst. 

Wie haben sich die Organisation und die Praktiken der Freiwilligkeit seit den 1970ern verändert und wie haben umgekehrt Praktiken der Freiwilligkeit den sozialen Wandel geprägt – abgefedert, beschleunigt oder ihm entgegengewirkt? Wie deuten freiwillig Engagierte ihre Tätigkeit und welche gesellschaftlichen Bedeutungen schreibt die Öffentlichkeit dem freiwilligen Engagement von Frauen und Männern zu? Hat die mangelnde Sichtbarkeit vieler freiwilliger Leistungen System?

Der Beitrag gibt einen Überblick über die vorläufigen Thesen unseres Projekts und liefert am Beispiel der feministischen Freiwilligkeit in kleinstädtischen Frauenprojekten Einblicke in erste Ergebnisse, wie Freiwilligkeit konzeptualisiert und problematisiert werden kann.

Keywords: Freiwilligkeit, Feminismus, Frauenbewegung, Krise und Neoliberalismus, Arbeit und Geschlecht, Schweizergeschichte 

Le bénévolat de care par-delà les crises : Significations et usages politiques d’une activité essentielle

Agnès Aubry, CRAPUL (UNIL)

La crise sanitaire a révélé le rôle essentiel joué par les organisations caritatives pour réduire les multiples inégalités qui subsistent en Suisse. Les médias ont consacré une attention particulière à certaines pratiques de redistribution alimentaire, conduisant pour beaucoup à la stupéfaction. Or, ces situations ne sont pas inédites. Dans une organisation caritative vaudoise, les bénévoles que j’ai suivi·es ces dernières années ont pris l’habitude de faire face à des centaines de personnes qui, chaque soir, attendent de recevoir à manger. Et pour cause : ces pratiques s’enracinent dans des politiques déjà en vigueur avant la crise, qui conduisent à déléguer une large partie de l’assistance aux bénévoles d’organisations caritatives. 

Si certaines dimensions de leurs activités en temps de crise ont été visibilisées, le temps long dans lequel s’inscrit l’engagement des bénévoles ainsi qu’une large part du travail et des réalités qu’il sous-tend ont, dans le même temps, été plongés dans l’ombre. À partir d’une enquête ethnographique réalisée entre 2016 et 2019 au sein de deux organisations caritatives, je propose de revenir sur les significations et les usages politiques du bénévolat de care, qui reste encore largement invisibilisé. 

En valorisant « l’importance des soins et de l’attention portés aux autres » , les bénévoles rencontré·es modifient les conditions matérielles d’existence des récipiendaires, et traitent d’enjeux de justice sociale à partir de situations très concrètes . En retour, pour de nombreuses femmes et personnes minoritaires , le bénévolat de care répond à des attentes de réalisation de soi et d’autonomie . Or, cette activité supporte aussi les « politiques de pénurie »  décrétées depuis de nombreuses années par les autorités politiques locales. Les organisations caritatives mobilisent largement le travail gratuit de leurs bénévoles pour pallier le manque de ressources financières, faisant in fine reposer sur ces dernier·ères la responsabilité collective de la solidarité. Cette contribution interroge alors la manière dont l’action indissociablement morale et politique  des bénévoles s’imbrique avec des formes d’émancipation et de subordination.

Keywords: Politique du care, délégation de l’assistance, travail invisible, émancipation, subordination