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SEMI-PLENARY SESSIONS
Urban sociology

Créer la ville. Rituels territorialisés d’inclusion des différences (Présentation d’ouvrage)

From
June 29, 2021 13:15
to
June 29, 2021 14:45
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Organizers

Fiorenza Gamba, Université de Genève, University of Sassari; Sandro Cattacin, Université de Genève; Bob White, Université de Montréal

Speakers

Notre livre, Créer la Ville, sortira au printemps 2021 aux Presses de l'Université de Montréal (PUM) dans la collection Pluralismes. Le livre analyse le rôle des rituels d'inclusion territoriale dans trois villes, à savoir Montréal, Turin et Genève.

Contredire le discours assimilationniste, de l’homogénéité nécessaire est un des motifs majeurs de l’existence de cet ouvrage. Nous nous sommes interrogés sur la distance entre les discours politiques à l’échelle nationale et le vécu de la différence à l’échelle locale, entre l’apologie de l’assimilation et de l’homogénéité et le discours urbain de la différence.

En creusant cette question, nous nous sommes aussi aperçus que les gouvernements de ces villes de la différence ont un triple discours quant à leur propre représentation. D’un côté – et notamment suite aux travaux de Richard Florida  – la diversité des styles de vie est vue comme un moteur de la croissance économique et une réponse à la pénurie de main d’œuvre, de l’autre côté, et quand il s’agit de la migration, la diversité est vue comme un problème dont on doit faire face par des politiques appelées d’intégration des migrants.

Ces politiques, et c’était notre deuxième réflexion derrière ce livre, contredisent le discours de la « ville des diversités », car elles privilégient certaines caractéristiques à lier facilement au développement économique à des autres liés à la vulnérabilité.  En tant que sociologues et anthropologues, nous constatons que la ville s’est, sans doute, transformée ces dernières années, mais qu’elle n’a jamais eu besoin de politiques particulières à l’égard des migrations – car la ville était déjà l’incarnation de la migration. Sans migrations, en effet, elle ne se serait pas constituée. Et si historiquement, la ville qui s’enferme, qui s’homogénéise, est aussi la ville qui perd en population et en force d’innovation – la ville qui meurt –, la ville ouverte à toute différence, ne peut qu’avoir un seul but pour garantir sa prospérité : se renouveler en tant que ville ouverte aux différences.

Idéalement, la ville doit donc investir dans son ouverture, dans l’esprit d’expérimentation de ces utilisateurs, dans sa forme démocratique (Sennett 2017) pour être créatrice de biens et de bien-être. Ceci demande que les utilisateurs et les utilisatrices de la ville, ces habitant.es, les gens qui y travaillent, les gens de passage s’identifient avec ce bien commun, le soignent et l’aiment. Cette identification se base sur différents éléments, notamment le sentiment que ce bien commun appartient à toutes et à tous ces utilisateurs et ces utilisatrices, qu’il n’est pas une propriété privée, mais un territoire d’appartenance commune.

Ce sens d’appartenance ne nait pas automatiquement. La promesse de la ville peut exister, sans doute, dans une projection individuelle de qui investit une ville, mais n’est égalée que si la ville y répond avec son ouverture, si elle offre des opportunités d’inclusion, comme le travail, la sécurité, le soutien social. La pratique de vie urbaine peut transformer l’utilisateur et l’utilisatrice en une personne qui apprécie ce que la ville offre. Mais pour créer de l’appartenance, de l’engagement pour la ville, son utilisation n’est pas suffisante. Il faut des offres symboliques d’appartenance, un narratif qui permet que chaque personne puisse s’identifier avec le lieu – un rituel d’inclusion.

Cette hypothèse est à la base de notre livre. Pour créer du civisme, de l’engagement et une attitude de soin à l’égard de la ville, il faut l’aimer et se sentir appartenir à ce territoire, il faut des rituels d’inclusion territoriale. Ces rituels sont au centre de notre réflexion et nous aimerions non seulement montrer leur efficacité, mais l’importance fondamentale de les offrir continuellement pour répondre à la ville qui se transforme, par ces dynamiques démographiques, continuellement. C’est une offre, en d’autres termes, qui doit se renouveler, en rassurant qui vit dans la ville depuis, mais aussi qui y arrive.

De quel dessin sont ces rituels ? Comment se présentent-ils dans nos villes ? Quelles sont les forces et faiblesses majeures de rituels existants ? Quelle pourrait être une politique idéale d’inclusion territoriale d’une ville ? Ces questions sont traitées dans ce livre qui veut ouvrir un débat sur une pratique connue de la ville, mais qui est peu étudiée en général, moins encore dans son importance cruciale pour la reproduction du bien urbain.