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Penser le travail et les vieillesses : au croisement des sociologies (session 1 of 2)

From
June 30, 2021 10:45
to
June 30, 2021 12:15
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Organizers

Laura Guérin, Université de Lille; Valérie Hugentobler, HETSL; Cornelia Hummel, Université de Genève; Iris Loffeier, Hesav; David Pichonnaz, HES-SO Valais-Wallis; Isabelle Zinn, Université de Lausanne

Speakers

Annie Dussuet, Université de Nantes; Françoise Le Borgne-Uguen, Université de Bretagne Occidentale

Jérôme Heim, Patrick Ischer, Pierre-Yves Moret & Michael Perret

Haute école de gestion Arc (HES-SO)

Olivia Killias, Université de Zurich

L’espérance de vie à la naissance a fortement augmenté au cours du 20ème siècle, ce qui fait de la vieillesse un des grands défis de l’Etat-providence contemporain. L’ajout de plusieurs décennies d’espérance de vie, les modifications des structures de solidarité en direction des plus âgé·es mais également la diversification des manières de vieillir ont conduit à la mise en place de réponses collectives parmi lesquelles la professionnalisation de la prise en charge des personnes âgées occupe une place prépondérante. Porter un regard sociologique sur ces activités professionnelles et sur celles et ceux qui les exécutent nous semble dès lors important. C’est pourquoi cet atelier propose de poser spécifiquement sa focale sur le travail, les groupes professionnels et les bénévoles actifs et actives auprès des personnes âgées. 

L’atelier vise l’ensemble des professionnel·les de la vieillesse, qu’il s’agisse ou non de personnel soignant. Il s’agira d’explorer comment les professionnel·les appartenant à divers corps de métiers prennent en charge la vieillesse, en portant une attention particulière aux cultures professionnelles, aux tensions, aux frontières de métiers, mais également aux interactions et collaborations entre métiers « soignants » et « non-soignants », entre approches médico-soignantes et approches « alternatives ». Cet atelier réunit ainsi des chercheur·es s’intéressant à ces professionnel·les et bénévoles, et à leurs pratiques, et s’attachera plus largement à étudier les enjeux sociaux du vieillissement. 

Keywords:  Travail; Vieillesses; Institutions

Attribuer l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA) en France : division et normalisation du travail professionnel et familial

Annie Dussuet, Université de Nantes; Françoise Le Borgne-Uguen, Université de Bretagne Occidentale

Dans la perspective, consensuelle aujourd’hui en France, du « maintien à domicile le plus longtemps possible » des vieilles personnes en perte d’autonomie, le rôle des proches a été souligné à maintes reprises par les recherches (Lesemann et Martin, 1993; Pennec, 1999; Dutheil, 2001; Soullier et Weber, 2011; Kröger et Yeandle, 2013) et les rapports publics (Gillot, 2018; Libault, 2019). Pourtant, en facilitant l’accès à des services marchands délivrés par des salariées, l’Allocation Personnalisée pour l’Autonomie (APA), créée en France en 2002, semblait marquer une tendance à la « défamilialisation » (Le Bihan et Da Roit, 2009), en même temps qu’elle ouvrait la possibilité d’une « professionnalisation » (Hughes, 1996) de l’aide. 

Malgré cela, le soutien apporté par les proches reste prescrit par l’action publique et majoritaire dans l’ensemble du travail fourni. Nous nous poserons la question de la réalité de cette « professionnalisation », imbriquée au maintien de formes de familialisation, d’autant plus importante que la situation de la personne requiert davantage d’intervention. Plus précisément on peut s’interroger sur les modalités de répartition des tâches entre les différentes catégories de travailleur.se.s qui concourent au maintien à domicile : comment sont définies les frontières et les articulations entre ce qui relève de l’entraide familiale et ce qui appartient au registre des différentes catégories de « professionnel.le.s » ? 

Cette communication proposera des éléments de réponse à ces questions en s’appuyant sur une enquête menée dans le cadre du programme de recherche PROFAM, auprès des agent.e.s de Conseils Départementaux de l’Ouest de la France. Ceux et celles-ci sont en effet chargé.e.s d’élaborer, pour chaque personne bénéficiaire de l’APA, un « plan d’aide » décrivant les différents services que l’allocation doit permettre de financer, mais intégrant aussi un « reste à charge » payé par les personnes concernées. 

Nous verrons ainsi que, ce faisant, ces agent.e.s construisent, le plus souvent un cadre normatif de répartition du travail d’aide et de soutien à domicile entre les différent.e.s professionnel.le.s, « soignants » et « non-soignants », mais aussi entre intervenant.e .s rémunéré.e.s et non rémunéré.e.s. Ces cadres articulent des normes et valeurs de l’action publique, mais ils font aussi intervenir d’autres formes de légitimité, en terme de responsabilités à répartir et de segments d’activité revenant aux différent.e.s protagonistes du fait de leurs qualifications professionnelles, mais aussi de leur place dans la parenté. La communication s’attachera à mettre en évidence les déterminants de cette division sociale et sexuelle du travail, ainsi que ses effets en termes de conditions de travail et d’emploi des un.e.s et des autres. 

Keywords:  Défamilialisation, Système normatif, Entraide familiale, Professionnel/proche, Division sociale et sexuelle du travail 

Quand des seniors s’engagent pour d’autres seniors : interroger des activités bénévoles sous l’angle de la participation et de la reconnaissance

Jérôme Heim, Patrick Ischer, Pierre-Yves Moret & Michael Perret
Haute école de gestion Arc (HES-SO)

La catégorie des seniors retraités comprend des personnes qui continuent d’être actives et de participer à la vie sociale, associative et caritative de différentes manières (Warburton et alii, 2007). Elles sont ainsi plus que des « vieilles » et des « vieux » qui bénéficieraient essentiellement des services et de l’accompagnement de professionnels, mais des actrices et acteurs qui s’engagent également dans ces formes d’investissement destinés aux vieillesses (Lambelet, 2014). Or, tout comme il est judicieux pour une société d’interroger ses représentations sur les vieillesses (Deschavanne et Tavoillot, 2011; Repetti, 2018; Timonen, 2016), il vaut la peine d’interroger le travail auprès des vieillesses par les personnes âgées elles-mêmes. Cette communication vise en ce sens à explorer comment ces seniors engagés auprès d’autres seniors envisagent leurs activités, comment ils participent, ce qu’ils apportent et pour quels bénéfices. 

Cette proposition s’inscrit dans le sillage de la recherche intitulée « Engagement et rôle social des seniors, entre reconnaissance et méconnaissance », soutenue par la fondation Leenaards suite à l’appel à projet 2019 « Qualité de vie 65+ ». L’équipe de recherche a dans ce cadre mené des entretiens avec vingt personnes de 65 ans et plus actives dans 4 terrains différents de l’Arc jurassien, à savoir en tant que proches aidants, dans des milieux culturels, dans le cadre d’activités sportives et dans des groupes de pairs liés à une organisation sanitaire. Des formes de participation dont le degré de volontariat varie, mais qui représentent toutes une activité non-rémunérée.

Nous approchons la question de la participation par le prisme du modèle de la philosophe Joëlle Zask (2011), qui en dégage trois dimensions : participer premièrement pour être partie prenante, deuxièmement pour contribuer et ainsi apporter une part de soi-même et troisièmement pour bénéficier, recevoir une part. Pour Zask, un équilibre entre ces trois dimensions est la situation la plus satisfaisante et permet une forme de reconnaissance (Honneth, 2000; Thévenot, 2007). Dans le cadre de cette communication, nous nous intéressons en particulier aux personnes retraitées rencontrées qui s’engagent envers d’autres seniors par un service ou un accompagnement non-rémunéré, pour repérer dans leurs discours les éléments qui suggèrent un équilibre ou un déséquilibre entre ces trois dimensions proposées par Zask.

Il arrive en effet que la participation à une activité soit contraignante ou contrainte, que la contribution soit contrariée ou que le bénéfice au niveau de la satisfaction ou de la reconnaissance ne soit pas à la hauteur des attentes. L’activité peut alors devenir problématique pour la personne qui s’investit bénévolement, laquelle peut alors vouloir y mettre un terme. Le modèle de la participation de Zask permet ainsi d’interroger les discours officiels (Conseil fédéral, 2007) sur la retraite active qui tendent à ériger celle-ci en condition nécessaire du bien-être des seniors, indépendamment des situations particulières vécues dans ces activités.

Keywords:  Participation – Reconnaissance – Bénévolat – Seniors 

Caring for a shared past: volunteers’ ethical journeys into eldercare (présentation en français)

Olivia Killias, Université de Zurich

Grounded in ethnographic fieldwork in a ‘culturally specific’ nursing home in the Netherlands, this paper proposes to analyse the increasing reliance on volunteers in long-term residential care for older adults. Although the Netherlands have long been considered a ‘model’ in terms of public eldercare provision and still have one of the highest GDP expenditure rates for long-term care in Europe (EIT Health, 2016), the ageing of the population and the thorny question of the provision of eldercare have become matters of public debate, and in recent years, eldercare provision has been subjected to several austerity measures. This has resulted in a growing privatization, de-institutionalization and de-centralization of eldercare provision in the country, a development that has been accompanied by a growing reliance on volunteers and family members. Despite the fact that these transformations have been politically framed by a romanticized discourse about a ‘return’ to family-based care, the fact that more and more ‘heavy’ care needs to be taken over by unpaid family members and volunteers is unprecedented in recent Dutch history (Da Roit & de Klerk, 2014). 

In this paper, I would like to analyze what the increasing reliance on volunteers means for the daily life of this particular nursing home, and more specifically, how volunteers themselves envision their role. How can we best describe these volunteers’ ‘ethical labour’ (Mühlebach 2012) in the context of eldercare? Why do they volunteer, how do they understand care, and what does that entail? How do they relate to the labour performed by paid staff of the nursing home? And to what extent is caring for these elders in particular – elders born and bred in the former Dutch East Indies – of significance for volunteers’ engagements? My fieldwork has revealed that volunteers are often involved both in the daily ‘intensive labour’ of eldercare and in the memory work of these colonially entangled nursing homes. Consequently, for volunteers, care often goes beyond the daily care of residents to include care for a particular shared past, of which these elders are considered to be the last living witnesses. 

This presentation will be made In French.

Keywords:  Vieillesses, Bénévolat, Travail éthique, Histoires enchevêtrées